Mon voisin c’est Corto Maltese.
Non, pas le voisin du deuxième. Le voisin du deuxième c’est juste un vieux con en plus jeune. Avec la boule à zéro et les réflexes de facho.
« Moi les p’tits cons qui font la bamboola le soir du nouvel an, j’y casse les dents. »
Non Corto Maltese c’est le voisin du premier.
Ce qui me fait dire que c’est le vrai Corto Maltese c’est que si on y réfléchit bien, ayant vu le jour en 1967 alors qu’il avait déjà une petite trentaine, le vrai Corto Maltese, aujourd’hui, il devrait avoir une bonne soixantaine, voire 70 le temps que ça mijote.
Et ça, ça m’a tout l’air d’être à peu près exactement l’âge du voisin du premier, avec ses petites lunettes, son manteau de capitaine, sa casquette de marin et son petit sourire de celui à qui on la fait pas.
Il envoie du rêve Corto Maltese. Lorsqu’il traverse le couloir, le vent du large souffle son parfum d’iode sur mes boucles de mioches et je suis propulsée loin de la ville, au sommet d’une falaise à pic. Les vagues qui meurent à mes pieds dans leur linceul d’écume et le vent qui couvre la voix des mouettes qui n’en finissent pas de se moquer des marins ivres du rhum et des dames… et je respire enfin.
Les lèvres de Corto Maltese s’étirent, se plissent en une fine cicatrice. L’œil sourit, l’œil rit et le vieux passe la porte. Il a passé Corto Maltese me laissant avec mes faux souvenirs. Et Dijon reste Dijon sans eaux, sans flots, sans écume sur le rivage, sans un bateau dans les parages...
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