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le blog de la fille au chomage

Le blog de la fille au chômage c'est juste un blog, avec une fille dedans. Une fille dedans au chômage.

"L'enfer c'est les autres"

Publié le 14 Octobre 2012 in chomage, individualisme, histoire, actualité

"L'enfer c'est les autres"

 

Et Sartre avait raison.

Disons tout au moins qu’il soulève une question intéressante, l’une des caractéristiques propre à ce foutu bondieu de siècle : l’individualisme. L’individualisme profond, ancré, acerbe. Celui qui régit nos habitudes, nos amis, nos achats, nos transports, nos artistes, nos peines et nos joies aussi.

Je suis un produit de ce temps car je dis « je ».

Le « je » semble avoir été inventé juste après la mort du « nous » qui lui-même était apparu avec l’humanisme lorsque Dieu se faisait déjà trop vieux pour supporter le poids de l’humanité. Les hommes prirent donc la responsabilité d’eux-mêmes jusqu’à ce qu’ils se lassent de leur solidarité pour s’affirmer en tant qu’individus tout seuls, qui ne partagent pas et qui vivent chacun chez soi.

On ne sait pas trop à quel moment le « nous » a succombé face au « je », peut-être à l’apparition du compte en banque… Les historiens sont assez indécis sur ce point. Ce que l’on sait en revanche, c’est que le « je » a atteint son apogée ces derniers temps.

Notez par exemple que le mot « cité » est caduc depuis quelques années déjà, et les académiciens, s’ils étaient honnêtes, le remplaceraient par la formule « agglomérat d’individus reliés entre eux par le wifi ou le câble». Moi-même je ne sais rien de mes voisins si ce n’est que leur connexion internet est sécurisée. Si j’osais, j’irai leur demander leur code, mais je crains la réaction habituelle qui consiste à ne pas partager ce que l’on a payé et honnêtement gagné.

Il m’est arrivé, aux heures difficiles de mon existence, de travailler comme « hôtesse de caisse » dans la grande distribution. La « grande distribution » est un lieu froid où de multiples « je » sélectionnent des produits surannés, insipides et/ou superficiels, pour se nourrir. Pour leur défense, il faut savoir qu’ils y sont plus ou moins contraints par une tension invisible et constante, liée au harcèlement publicitaire, à leur voisinage, à leurs amis et à leur culture consumériste. Bref. C’est en pratiquant ce lieu quotidiennement que j’ai pu observer la grande déchéance du « nous ».

Si l’on passe sous silence la sous race des caissières qui ne sont plus tout à fait affiliées à l’espèce humaine, on constate qu’il existe dans ce genre d’endroit une entité honteuse et sans visage : les vilains voleurs malhonnêtes. Les vilains voleurs malhonnêtes peuvent prendre n’importe quelle apparence de la grand-mère à la tête blonde et il est de votre devoir, en tant que caissière sous-humaine, de les pourchasser jusqu’au dernier. Ce n’est cependant pas le devoir des Hommes libres et c’est ici qu’il faut s’affliger.

Un jour, j’oubliais de biper une boîte de thon. Peut-être que l’acheteur s’en rendit compte. Peut-être pas. Mais le regard affuté de la femme qui patientait derrière lui ne put supporter l’outrage. Elle découvrit au grand jour l’infâme complot qui sévissait entre le client et la caissière, ainsi que l’injustice dont elle était victime.

Ici je me permets de soulever une question cruciale : qu’aurait réellement perdue cette femme à laisser partir cet homme avec une boîte de thon gratuite ?

Ainsi s’éteint le « nous », au profit de celles et ceux qui méritent leur boîte de thon.

RIP.

"I am not an animal, I am a human being" Elephant Man

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