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le blog de la fille au chomage

Le blog de la fille au chômage c'est juste un blog, avec une fille dedans. Une fille dedans au chômage.

Là où va le mot.

Publié le 24 Février 2013 par Kim Becher in histoire, racisme

Là où va le mot.

Le point historique et vulgaire (et bordélique aussi) de Kim Becher.

En France, avant les années quatre-vingt, le racisme n’existait pas.

Evidemment quelques ritals trop gominés s’étaient fait casser la gueule à Montceau les Mines… Bon… Mais comme ils s’étaient vengés entre temps sur les portos et les polaks, ça va.

Non, ce qu’il y a c’est qu’avant les années quatre-vingt, on ne savait pas qu’on était raciste.

En 1983, l’opinion française apprend l’existence de l’immigration par voie de presse puisque celle-ci entre soudainement dans le débat public. A cela deux facteurs explicatifs sont les plus souvent cités :

- D’une part, l’amnésie générale qui entoure la seconde guerre Mondiale se dissipe lentement… Il se pourrait bien que nous n’ayons pas tous été bien gentils à l’époque…« Mais enfin le Général De Gaulle n’a-t-il pas dit que toute la France avait été résistante ? »

- D’autre part les métèques, les bougnoules, les pakis et autres polaks (venus faire le sale boulot lié à la reconstruction et au baby boom) commencent à s’intégrer et à se reproduire. Ce qui finit inéluctablement par se voir.

La situation se dégradant à vue de pupille, les pouvoirs publics décident de prendre les choses en main et l’on ne peut que se féliciter des textes de loi et des associations anti-discrimination qui, tels des pissenlits, fleurirent entre 1980 et 1990.

Cependant… parce que l’Etat adore éduquer son peuple et parce qu’il ne se sent pas très fier des choses qu’il refuse encore d’admettre (le génocide des youpins ne sera reconnu qu’en 1995), nos très chères élites ne s’en tiennent pas là et décident de mener une véritable campagne éducative sur la question. Il est temps de dire aux français combien le racisme c’est mal.

On inaugure le vivre-ensemble, la tolérance et le civisme, on offre des badges, on ouvre des mjc et on ajoute des cours « d’éducation civique » à nos programmes scolaires.

Soit… Observons à présent les répercussions d’un tel discours 30 ans plus tard.

Que les mioches nés dans les années 80 grandissent en croyant que le racisme a été éradiqué à peu près en même temps qu’Hitler, pour apprendre ensuite de la vie que tout cela était une vaste mascarade, passe encore… Ce n’est qu’une rancune personnelle.

En revanche, l’apparition de cet étrange phénomène schizophrénique, consistant à condamner le racisme tout en éprouvant de la haine à l’encontre de l’étranger, me parait plus dérangeante. Ce phénomène peut être aisément résumé par cette fameuse et malheureuse formule devenue monnaie courante au bistroducoin : «Je suis pas raciste mais les bougnoules… ».

Et encore ce n’est rien… Plus sournoise que la désinformation regrettable qui façonna vos enfants, plus vicieuse que l’idiotie notoire de certains adultes retardés, une évolution sociétale et sous-jacente sévit depuis ce jour… Celle des mots.

Cherchant à masquer la merde en la couvrant de parfum, les pouvoirs publics, gentiment relayés par la presse, prirent peu à peu l’habitude de ne plus évoquer les choses désagréables qu’en des termes très mesurés, des périphrases lourdes et absurdes, ignorant tout des bienfaits de la personnalisation d’un mot. Comme le pressentit alors une certaine rouquine britannique, l’ère de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom était advenue.

On a tout d’abord préféré « haine-de-proximité » à racisme, puis « personne en situation de précarité économique » à pauvre, on a troqué « se faire virer » par « bénéficier d’un plan d’ajustement social », on a favorisé les désordres intérieurs à la constipation, les rapports intimes au sexe, l’espace de fin de vie au cimetière et la bonne vieille cuite est devenue une sobriété différée.

On a prohibé les propos racistes, mais chacun agit aujourd'hui comme si tout terme qualifiant une pensée désagréable était devenu déplacé.

Aussi quelqu’un eu-t-il la chic idée d’associer les termes « politiquement » et « correct » pour former le nouveau fléau du paysage littéraire moderne.

Depuis, chacun retient sa respiration en proie à l’aérophagie. Et comme il n’y a qu’un pas entre les mots et les faits, les choses deviennent plates et neutres elles aussi. On montre du doigt les fumeurs, on interdit les trottoirs pour s’assoir, on construit des bancs sur lesquels il ne fait pas bon se coucher, on détruit les vilains quartiers, on édulcore, on gentrifie, on amincie, on lyposuce, on désinfecte et la bouffe et les sols et les cerveaux. Tout doit être beau et lisse et propre et citoyen et correct et riche et insipide. La vérité frustrée se doit de se cacher pour mieux éclater, plus tard, autrement. Et l’on inventera un nouveau mot pour la rendre acceptable.

Tel est l’esprit de mon temps.

Là où va le mot.
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Kim Becher 26/02/2013 09:33

Bonjour Hugo, tu es mon tout premier commentaire et je suis bien contente!

En plus tu as raison, mais je le savais déjà en postant cet article, c'est "un point historique, vulgaire et "bordélique" aussi". J'insiste sur le bordélique car il m'est venu beaucoup de choses différentes en partant du racisme. Ce que je veux montrer sur la fin, c'est notre état d'esprit général : notre façon de parler qui lisse tout ce qui nous semble "incorrect politiquement" mène à lisser tout le reste, dans les faits aussi.(l'exemple de la cigarette n'est sans doute pas le plus flagrant j'en conviens).

Quant au génocide tu as raison aussi, Ma formule était trop rapide mais je parle bel et bien de la culpabilité de l'Etat dans ce paragraphe.

Tout cela est évidemment un peu tiré par les cheveux car cette leçon d'histoire ne se veut pas historiquement scientifique mais littérairement intéressante.

Bien à toi.
Kim Becher.

Hugo 26/02/2013 05:34

J'aime bien le style mais je comprend pas ou tu veux en venir sur la fin. Bon ok, le rascisme, la novlangue pour maquiller le probleme pour ne pas s'en occuper mais ensuite: quel est le lien entre les politiques anti-clopes et la lutte contre la xénophobie?

(Et un petit détail au passage, en 95 ce n'est pas le génocide des juifs qui est reconnu par la France, mais la responsabilité de l'Etat francais. Tu t'es peut-etre enmelé les pinceaux avec la qualification de la guerre d'Algérie en "guerre" et non en "opération de maintient de l'ordre", je crois que c'est dans ces eaux là?)

Hugo 26/02/2013 05:35

La fille au chomge est probablement de genre feminin: enméléE les pinceaux. Disculpe.