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le blog de la fille au chomage

Le blog de la fille au chômage c'est juste un blog, avec une fille dedans. Une fille dedans au chômage.

Et le croissant c'est six euros.

Publié le 30 Octobre 2016 par Kim Becher in actualité, chomage, film

Et le croissant c'est six euros.

 

Un peu par faignasserie, un peu par perte de foi, un peu par affliction aussi... parce que le monde donne parfois tellement la gerbe qu'il est difficile d'en parler sans dégorger. Un peu pour tout ça donc : je n'écris plus guère.

Heureusement, il existe un papy qui n'a pas raccroché, lui.

Un papy qui décrit avec justesse, humanité et brio les cruautés sociales de l'Europe contemporaine, j'ai nommé monsieur Ken Loach, qui m'a mis ma petite claque cinématographique du dimanche avec "Moi, Daniel Blake".

 

Pour vous faire le topo en 2 mots : c'est l'histoire d'un papy (un autre) qui perd son job suite à une crise cardiaque. Son médecin lui interdit de retravailler mais le pôle emploi anglais refuse de le considérer comme travailleur handicapé. Du coup zéro revenu, du coup c'est la dèche. Au hasard d'une virée chez popole, il rencontre une jeune mère célibataire pas trop con qui en chie grave aussi pour nourrir ses loupiots. Ensemble ils vont tenter de rester des êtres humains corrects... voilà. Putain, je sais pas résumer c'est frustrant. 

 

En revanche je peux essayer d'en parler parce que ce film ne se contente pas d'être émouvant et tue le temps pour éviter d'aller faire un tour sur la tombe de tonton Adolphe à la Toussaint. Parce que oui... j'ai vraiment un tonton qui s'appelait Adolphe. (En 32 à Saint Bonnet de Joux, on voyait pas encore le problème). D'ailleurs Kenneth Loach, né en 1936 dans le Warwickshire, y a peut-être échappé de peu... si ça s'trouve... on sait pas hein... mais je m'égare.

"Moi, Daniel Blake" ne se contente donc pas d'être un bon film, c'est un tableau actualisé de la précarité anglaise qui met particulièrement l'accent sur les dernières mesures d'humiliation, de culpabilisation et de flicage mises en place par l'état britannique pour décourager le chômeur qui souhaiterait bénéficier d'allocations qui lui sont pourtant dues...

 

J'ai lu qu'il y avait une pseudo polémique pour savoir si, oui ou non ce film méritait la palme d'or qu'il a apparemment décroché à Cannes. Perso je trouve qu'on s'en fout et que Cannes mériterait des baffes pour la tune déployée sur ses tapis. En revanche j'aurais deux bonnes raisons d'affirmer qu'il devrait être vu par le plus de monde possible, à commencer par les peignes cul de l'assemblée nationale. 

 

La première, c'est la justesse du point de vue sur la précarité (et par un papy de 80 ans qu'est même pas pauvre en plus). Parce qu'il y a pas à tortiller, la précarité entre Clermont et Liverpool, elle a sensiblement la même gueule. 

C'est tout simple de bouffer, c'est tout simple d'avoir chaud, un chez soi pas moisi et des tampons les jours de règles. Et ouais, c'est peut-être un peu tire larme de présenter des gens qui n'ont pas ça... mais bordel à cul c'est juste la réalité, la vraie vie de millions de gens qui sautent des repas pour vider les placards moins vites, ou qui repoussent le rendez-vous chez le dentistes aux calendes grecques.

La réalité dépeinte par Loach est une réalité bien éloignée des pains au chocolats à 15 centimes, une réalité qui n'a rien à voir avec "la faute aux migrants qui nous volent nos trucs je vais les brûler votez pour moi". Cette réalité, c'est rare qu'on en entende parler en dehors de la démagogie politique et pour cela, il faut voir ce film.

 

La deuxième raison qui me fait sortir de ma torpeur méditative : c'est que nous devrions regarder "Moi, Daniel Blake" comme ce qui ne va pas tarder à nous tomber sur la gueule. 

Si l'état providence a de meilleurs restes en France qu'au Royaume Uni, je vous rappelle que le sieur Rebsamen puis le sieur Sapin, ont tous deux tenté d'inscrire le flicage des vilains chômeurs-profiteurs dans les projets de loi travail... et que je crains fortement qu'ils (eux ou les prochains) ne finissent par y arriver. De fait, la question soulevée par le film n'est pas tant celle de l'absence d'emploi qui met les deux personnages dans la merde, mais la lutte éreintante qu'ils mènent contre le système kafkaïen des allocations.

Ken Loach donne l'alerte : battez-vous pour vos droits, pour ne pas les perdre mais aussi pour les récupérer et les mettre à jour de ce monde de brutes. On est prévenus... Reste à l'écouter avant qu'il ne rejoigne mon tonton Adolphe.

 

PS : tous les films du papy qui fait des films sont mis à la disposition de tous en téléchargement gratuit sur l'internet. Décidément il est chouette ce papy.

 

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