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le blog de la fille au chomage

Le blog de la fille au chômage c'est juste un blog, avec une fille dedans. Une fille dedans au chômage.

Troubadour mon amour

Publié le 12 Juin 2016 par Kim Becher in futilités, cour de récré, chomage

Chers lecteurs, chère lectrices, mes petits louloups d'amour, bonjour !

Après... voyons voir... ah oui quand même! après environ un an et six mois d'absence, je repasse par ici pour vous faire part d'une grande nouvelle :

(Roulement de tambours et strapontins qui grincent...)

JE SUIS INTERMITTENTE !

Eh oui, votre toujours dévouée Kim Becher (prononcez Béchère sinon ça ressemble à rien), votre dévouée moi-même donc, est Intermittente du spectacle, enregistrée en bonne et due forme aux annexes 8 et 10 de l'assurance chômage, ahahah ! C'est-t-y pas génial ?!

Ainsi donc, j'ai franchi haut la main, mais surtout une part une, les quinze premières étapes de la précarité... à savoir et dans l'ordre : stagiaire, service civique, emploi aidé, divers cdd, cdii et enfin, intermittente du spectacle !

Tout cela m'amène, à l'âge vénérable de 27 ans, au plein épanouissement de ma vie professionnelle et à un salaire net de 1200€ par mois, soit 56,28€ de plus que le smic à temps plein.

ET VLAN, dans ta gueule le smicard, je suis LA REINE DU PÉTROLE !!!

Alors bon... Au delà de l'incroyable explosion de mon pouvoir d'achat, vous noterez que cela implique un élément dont vous n'aviez peut-être pas connaissance et je suis bien navrée de vous l'avoir caché : je travaille dans la culture. Brrr... C'est dégueulasse cette expression. Je travaille dans... Je suis dans... parce que tout de suite après j'imagine des mots aussi vilains que "le marketing", "l'immobilier", "l'import/export" ou "le community management"... Sans vouloir offenser qui que ce soit.

Cette expression triviale implique tout de suite une espèce de fierté moyennement saine. Quelque chose qui dit "je bosse pour un truc classe, tu peux en dire autant 'spèce de naz?". Et puis franchement, la formule est un peu trop floue pour être honnête. Prenons un exemple : celui qui dit "je bosse dans l'éducation nationale", pourquoi ne dit-il pas "je suis prof de math" hein?! Eh bien parce qu'il n'est surement pas prof de math. Sans doute qu'il a une fonction parfaitement floue de petit fonctionnaire dans un bureau du rectorat et qu'il préfère s'accrocher à sa branche "éducation nationale" pour en jeter un peu aux yeux du monde... mais alors un tout petit peu, parce que l'éducation nationale... bon. Du coup c'est encore plus ridicule cette espèce d'importance qu'il essaye de se donner.

Notons que mes allégations sont parfaitement hypocrites puisque je n'ai pas du tout de quoi me vanter : seuls quelques élus comprendraient à quoi je fais référence si je vous balançais là le titre de ma fonction au sein de la grande famille du spectacle vivant. Du coup je fais encore pire que le mec du marketing : lorsque l'on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds une fois sur 4 : "Je suis intermittente du spectacle". Quand je ne réponds pas "je vis", "je bois" ou "je dessine des papillons sur ma trousse".

Ahaha intermittent du spectacle ! La blague. Ce n'est ni un emploi, ni un métier, ni une fonction, ni un statut, ni même une catégorie socioprofessionnelle. Non, intermittent c'est la flopée de paperasse (l'annexe) dont je dépends en tant qu'inscrite à pôle emploi. Juridiquement, ça revient un peu au même que de répondre : "je suis indemnisée en catégorie B". Et j'ose me définir comme ça?! Mouahaha !!!

Mais il y a bien une raison tout de même... En réalité si je réponds ainsi au quidam, c'est que je me base sur la vision de l'intermittent du spectacle que j'avais lorsque j'ai entendu cette expression pour la première fois.

J'ai 14 ans en 2003 lorsque David Pujadas annonce aux infos de 20h : "Les intermittents menacent d'annuler le festival d'Avignon et quelques uns des grands festivals nationaux pour sauver leur statut". Leur statut... Une erreur terminologique des journalistes que les 13 années suivantes n'ont pas réussi à corriger, mais bref. Ce qui me fascinait à l'époque, c'était les images qui accompagnaient le reportage : une bande d'adultes déguisés (ou à poil d'ailleurs), en train de faire les marioles dans la rue avec des pancartes. En colère, unis, bariolés et créatifs, ils étaient mille fois plus cools que tout ce que j'avais jamais vu jusqu'alors.

Au fil de cet été là, j'ai compris que les trois quarts des autres adultes leur vouaient un parfait mépris. Les intermittents étaient des glandeurs, des profiteurs, des troubadours qui feraient mieux de grandir un peu et de se trouver un vrai métier. A l'heure où, possédée de la révolte habituelle de l'adolescence, j'étais bien résolue à ne jamais grandir, le peu de coolitude des vieux qui tenaient ce type de discours acheva de me convaincre : être intermittent, c'était le rêve.

Aussi lorsque aujourd'hui, au mariage de cousin machin, tonton Macroute me demande ce que je deviens, je lance un clin d'oeil complice à la moi de 14 ans et réponds fièrement : "Je suis intermittente du spectacle tonton !"

Alors il me méprise et je suis contente.

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